Quand les difficultés refont surface : entre deuil, dérégulation et pression de la « normalité »
Par un parent anonyme
Ce week-end, il s’est passé quelque chose à la maison que je porte encore lourdement en moi. Un de ces moments où tout semble s’immobiliser et où toutes les émotions surgissent en même temps : le choc, la tristesse, la colère, le deuil.
C’est arrivé le jour d’un anniversaire. Une journée qui aurait dû être légère, prévisible, peut-être même un peu magique. Sachant que les anniversaires peuvent être difficiles pour l’un de mes enfants, j’avais doucement préparé l’enfant fêté à l’avance : « Ton frère ou ta sœur pourrait avoir plus de difficulté aujourd’hui. Ce n’est pas contre toi. Ce sont simplement de grandes émotions qu’il ou elle n’arrive pas toujours à gérer. »
Je pensais être prête.
Je ne l’étais pas.
Au cœur d’un moment tendu, un de mes enfants a lancé à son frère ou à sa sœur une phrase blessante, liée à son histoire, à ses origines, à ses peurs. Quelque chose de faux, mais chargé émotionnellement. Une phrase qui m’a coupé le souffle.
Les mots étaient cruels. Et le choc de les entendre m’a atteinte plus profondément que je ne l’aurais cru.
L’enfant qui les a prononcés vit avec un TSAF et un traumatisme précoce, des réalités qui influencent profondément la façon dont son cerveau traite les émotions et les impulsions. Dans les moments de dérégulation, la maturité que l’on perçoit en temps normal s’efface. Elle laisse place à un âge émotionnel plus jeune, incapable de contenir des émotions aussi intenses.
Ces mots n’étaient pas réfléchis. Ils étaient l’expression brute d’une dérégulation, une tentative de rejeter à l’extérieur quelque chose d’insoutenable à l’intérieur. Malgré tout, ces mots ont touché leur cible.
Et l’enfant qui les a reçus a traversé ce moment avec plus de grâce et de maturité émotionnelle que moi. Je l’ai vu respirer. Je l’ai vu comprendre, instinctivement et avec une lucidité déchirante, que ces paroles venaient de la souffrance, et non de la vérité.
Pendant ce temps, en moi, une vague d’émotions est montée si vite que je n’ai pas réussi à l’arrêter.
J’ai réagi. Pas de la manière dont j’aurais voulu. Pas avec le calme, la présence thérapeutique que j’essaie si fort d’incarner. Je n’en suis pas fière.
J’étais bouleversée. J’étais triste. J’étais en colère contre la situation, contre son injustice, contre le poids que portent mes deux enfants à cause de circonstances qu’ils n’ont jamais choisies.
Et sous tout cela, il y avait un deuil plus silencieux : celui de réaliser, une fois de plus, que notre famille ne peut pas toujours vivre les choses « normalement ».
Les anniversaires ne sont pas simples. Les célébrations ne vont pas de soi.
Une journée qui aurait dû être marquée par la joie s’est retrouvée mêlée à la dérégulation, aux échos du traumatisme et à des émotions trop grandes pour de si petits corps.
Il existe un deuil lié au fait d’élever des enfants au parcours complexe, un deuil dont on parle trop peu. Le deuil de voir les écarts de développement se creuser sous nos yeux. Le deuil de voir des réactions traumatiques prendre le dessus sur des moments qui auraient dû être doux. Le deuil de devoir se préparer intérieurement, même lors des journées censées être simples.
Et puis il y a aussi le deuil de savoir que, malgré toute la préparation, toutes les stratégies et tout l’amour du monde, les choses peuvent quand même déraper.
Mais il y a aussi de l’espoir.
Nous avons réparé.
Nous avons parlé.
Nous avons nommé la blessure.
Nous avons reconnu les émotions cachées sous le comportement.
Nous nous sommes rappelé, tous ensemble, moi y compris, que recommencer fait partie de la vie de famille.
L’enfant fêté s’est senti vu. L’enfant qui a eu plus de difficulté s’est senti soutenu. Et je me suis rappelé que la perfection n’est pas l’objectif : le lien l’est.
Je suis encore triste de ce qui s’est passé. Je continue de faire le deuil de cette idée de la « normalité », qui prend chez nous une autre forme. Mais je ressens aussi de la gratitude : pour mes enfants, pour l’honnêteté qui habite notre maison, et pour cette possibilité de grandir ensemble à travers les moments les plus difficiles.
Nous ne faisons pas toujours les choses parfaitement. Mais nous revenons toujours les uns vers les autres. Et peut-être que, finalement, cela aussi mérite d’être célébré.
Si vous êtes vous aussi un parent adoptif à la recherche de soutien pour accompagner un enfant ayant des besoins complexes, je vous encourage à entrer en lien avec d’autres personnes qui comprennent réellement cette réalité. Joignez-vous à Connexions Entrelacées dès aujourd’hui.
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