Blogue série APFEA : Épisode 1

par Tanya Eichler

Ce que je découvre sur l’APFEA : le point de vue d’une clinicienne

Bienvenue dans le premier billet de notre nouvelle série de blogue. Nous y explorerons ce que nous découvrons à travers notre travail clinique au sein du programme de soutien aux familles touchées par l’APFEA (agression envers la famille et les personnes proches aidantes durant l’enfance et l’adolescence). Dans ce premier texte, je vous propose un tour d’horizon en répondant à cinq questions simples : qui, quoi, pourquoi, quand et où, afin de vous donner une idée claire de ce qui vous attend.

Qui suis-je?

Je suis thérapeute à Ottawa, où je dirige une pratique privée, tout en occupant le rôle de l’une des responsables cliniques de Connexions Entrelacées. Je suis aussi une personne adoptée et la mère de deux jeunes hommes au début de la vingtaine. Mon parcours professionnel m’a amenée à travailler auprès d’organismes de protection de l’enfance en Colombie-Britannique, puis à soutenir de nombreux enfants et familles dans le secteur du handicap. Depuis 15 ans, je me consacre particulièrement à l’accompagnement des personnes vivant avec un TSAF et d’autres formes de neurodivergence.

Au fil de mon expérience et de ma formation, j’ai approfondi ma compréhension de l’attachement, du trauma et du potentiel réparateur des relations. J’ai aussi appris à aborder le trauma dans sa globalité, en tenant compte à la fois du système sensoriel, du système nerveux, et d’une lecture du cerveau qui part de la base vers les fonctions supérieures. Chez Connexions Entrelacées, nous nous appuyons notamment sur la théorie polyvagaleet sur la résistance non violente (RNV) pour soutenir les personnes proches aidantes confrontées à l’APFEA. Avec le temps, j’ai aussi développé un certain sens de l’humour et recueilli de nombreuses histoires qui m’ont appris l’importance de la curiosité et de l’écoute des nuances derrière les comportements.

De quoi parlera ce blogue?

Pour mieux situer cette série, je vous recommande de consulter d’abord le site du consortium APFEA. C’est à partir des constats issus de cette étude qu’est né notre programme APFEA, et vous pourrez aussi y découvrir la définition complète du terme.

Pendant longtemps, l’agression envers les personnes proches aidantes est demeurée largement invisibilisée dans notre société. La pandémie de COVID-19 a toutefois mis cette réalité en lumière, alors que de nombreux soutiens ont été interrompus et que le niveau de stress a fortement augmenté. Notre programme est novateur parce qu’il met l’accent sur le soutien aux personnes proches aidantes qui vivent l’APFEA à la maison.

Nous travaillons exclusivement avec des familles adoptives, et nous observons certaines dynamiques récurrentes, notamment les traumatismes de la petite enfance, les traumatismes liés à l’adoption, ainsi qu’un nombre important d’enfants ayant été exposés avant la naissance à des substances, à un niveau élevé de stress maternel ou à des traumatismes intergénérationnels.

Très rapidement, nous avons repéré plus de 600 familles concernées, ce qui nous a montré que l’APFEA est beaucoup plus répandue que nous l’imaginions.

Pourquoi est-ce que j’écris ce blogue?

Mon intention est de mieux faire connaître la complexité de l’APFEA et de partager ce que nous avons observé et appris au cours des deux dernières années dans le cadre de notre programme. Le sujet de l’agression d’un enfant envers ses parents peut être difficile, dérangeant, et suscite souvent un réflexe de blâme mal orienté envers les parents, et en particulier envers les mères. Comme il nous est inconfortable d’envisager qu’un enfant puisse être agressif envers sa famille, nous cherchons parfois à simplifier cette réalité en attribuant rapidement la faute aux parents.

Or, ce que nous découvrons, c’est que les causes sous-jacentes de l’APFEA sont complexes et multiples. Nous voulons partager ce que nous apprenons pour valider ce que vivent les familles, mais aussi pour mieux informer les systèmes et les personnes qui les entourent. En abordant cette réalité avec compassion, curiosité et sans jugement, nous pouvons mieux comprendre ce dont la personne, la famille et les systèmes sociaux ont réellement besoin.

Cela peut sembler ambitieux, mais je crois que si nous abordons l’APFEA avec soin et empathie, nous pourrons aussi apprendre des choses importantes sur nous-mêmes et sur notre société, dans une perspective de guérison, tant relationnelle que culturelle. Je vous invite à accueillir cette réflexion avec ouverture et curiosité, alors que nous approfondirons ensemble ce sujet.

Quand et où pourrez-vous suivre ce blogue?

Nous prévoyons publier un nouveau billet chaque mois, à la fois dans notre infolettre et sur notre site Web. Je m’attends à en écrire au moins dix, et j’espère que vous nous suivrez dans cette démarche. Vos commentaires et vos questions sont les bienvenus.

Je précise que ces textes refléteront surtout mes observations personnelles ainsi que mes échanges avec des familles et des collègues, plutôt qu’un travail de recherche formel, même si je le signalerai lorsque des données de recherche seront intégrées. Il s’agit d’une réflexion en cours, nourrie par l’expérience et l’apprentissage, et non d’un savoir définitif.

RDV le mois prochain!

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