Parentalité, identité et le travail auquel je ne m’attendais pas 

Rédigé par une figure parentale anonyme de la communauté Connexions Entrelacées 

Veuillez noter: Ce blogue a été traduit en français à partir de sa version originale en anglais. 

La maternité m’a transformée de façons que je pouvais voir… et d’autres que je ne pouvais pas voir. Mais devenir une mère adoptive a ajouté une dimension de complexité que je n’ai pleinement comprise qu’en la vivant. Soudainement, mon identité ne changeait pas seulement parce que je prenais soin d’un enfant. Elle changeait aussi parce que je prenais soin d’un enfant dont l’identité serait toujours riche, multiple et enracinée dans une histoire qui avait commencé bien avant que j’en fasse partie. 

À un moment donné, dans le tourbillon des rendez-vous, de la défense des droits, du travail émotionnel et de la surcharge sensorielle, j’ai réalisé que j’avais égaré des morceaux de moi-même. Pas exprès. Pas tout d’un coup. Juste petit à petit — comme si je perdais un jeu de clés un jour, puis un peu de ma voix le lendemain. 

Ce que je n’avais pas vu au départ, c’est que tandis que je me perdais dans la maternité, mon enfant s’efforçait de se trouver. Et nos deux parcours identitaires — l’un qui se défaisait, l’autre qui se reconstruisait — se déroulaient sous le même toit. 

Il existe une version de la maternité qui t’invite à disparaître. À minimiser tes besoins. À te faire toute petite pour que quelqu’un d’autre puisse s’épanouir. Je me suis retrouvée dans cette version sans m’en rendre pleinement compte — parce que, à vrai dire, le désir de plaire aux autres était déjà ancré dans mes habitudes bien avant que je devienne mère. 

Mais l’adoption a amplifié ce phénomène. 

La pression d’être parfaite, d’avoir une patience sans limite, d’être celle qui est « rassurante », « stable », celle qui « ne fait jamais d’erreur » … tout cela alimentait chacune de mes habitudes profondément ancrées de toujours faire passer mes besoins en dernier. Et je portais ce poids sans savoir que je pouvais le déposer. 

Pendant ce temps, mes besoins sensoriels — ceux que j’avais ignorés pendant des années — étaient devenus impossibles à ignorer. Le fait d’être la mère d’un enfant vivant de grandes émotions, ayant des particularités sensorielles et des besoins uniques en matière d’autorégulation m’a amenée à réaliser que j’en avais moi aussi. Ce n’étaient pas simplement de petites manies ou de préférences, mais de véritables besoins de mon système nerveux que j’avais mis de côté pendant la majeure partie de ma vie. 

Et plus je les ignorais, plus je m’enfonçais dans l’épuisement, la surstimulation et un ressentiment silencieux que je ne voulais pas nommer. 

En même temps, mon enfant vivait son propre cheminement identitaire— explorant son histoire, ses racines, ses pertes, son sentiment d’appartenance. Son identité va au-delà de la mienne, comme il se doit. Et alors qu’il posait des questions, exprimait ses sentiments et trouvait les mots pour décrire son expérience vécue, je me suis retrouvée confrontée à des émotions auxquelles je ne m’attendais pas. 

Non pas à cause de lui, mais parce que sa démarche venait toucher mes propres fissures: mon insécurité, mon besoin d’être rassurée et les parties de moi qui avaient appris, depuis longtemps, à préserver la paix à tout prix. 

Son parcours identitaire a mis en lumière les parties de moi qui attendaient depuis longtemps d’être explorées. 

Il y a eu des moments où nos parcours identitaires se sont croisés de manière déstabilisante. 

Lorsque son chagrin activait mon besoin de plaire: « Comment puis-je rendre les choses plus faciles? Comment puis-je arranger la situation? Comment puis-je faire en sorte que tout le monde aille bien? » 

Lorsque sa difficulté à s'autoréguler me révélait à quel point j'étais moi aussi en état de surstimulation. 

Lorsque son besoin d’autonomie faisait surgir ma peur de ne plus être nécessaire. 

Son parcours a éclairé les aspects de moi-même qui demandaient encore à être explorés. Et je pouvais soit les ignorer, soit enfin leur faire face. 

Retrouver la personne que je suis n’a pas été une révélation soudaine. C’est un lent processus de désapprentissage, guidé par la compassion. 

J’ai commencé à reconnaître mes limites sensorielles et à les respecter, non pas comme des faiblesses personnelles, mais comme des éléments essentiels de mon fonctionnement. Je me suis autorisée à prendre des pauses, à rechercher le calme, à ralentir et à m’accorder de l’espace, sans culpabilité. 

En parallèle, j’ai commencé à déconstruire mon besoin de plaire aux autres, en me rendant compte que mon enfant n’a pas besoin d’une mère qui s’efface pour que tout reste calme. Il a besoin d’une mère capable de montrer l’exemple en établissant des limites, en faisant preuve d’honnêteté émotionnelle et en se respectant elle-même. 

À chaque petit geste qui me rapprochait de moi-même, je me sentais plus enracinée. Plus humaine. Plus capable d’accueillir l’histoire de mon enfant, parce que j’accueillais enfin la mienne. 

La plus belle surprise, c’est que nos parcours ont commencé à se soutenir mutuellement. 

En apprenant à mieux m’autoréguler, je suis devenue plus apte à coréguler avec mon enfant.  

En respectant mes besoins sensoriels, je suis devenue plus attentive aux siens. 

En déconstruisant mon besoin de plaire aux autres, je suis devenue une personne auprès de qui il peut exprimer sa vérité en toute sécurité, même lorsque certains aspects de cette vérité me bousculent ou me mettent au défi. 

Plus je deviens moi-même, plus je deviens un meilleur parent. 

L’identité n’est figée ni pour lui ni pour moi. Elle évolue, s’élargit, se transforme et se révèle. Nous apprenons tous les deux que le sentiment d’appartenance n’est pas quelque chose qu’on mérite, mais quelque chose dans lequel on grandit. 

Mon enfant découvre qui il est. 

Moi, je redécouvre qui je suis. 

Et aucun de ces deux parcours ne menace l’autre. 

Au contraire, nos histoires se renforcent mutuellement. Nous évoluons ensemble: deux identités qui se transforment sous le même toit, deux personnes qui apprennent que l’authenticité, et non le sacrifice, est au cœur de la relation. 

L’identité n’est pas une destination pour l’un ou l’autre d’entre nous. 

C’est un chemin que nous parcourons côte à côte. 

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